En soi, l'info n'est pas nouvelle, j'en avais eu vent il y a déjà longtemps. Par l'intermédiaire d'un entrefilet dans Marianne ou le Canard, si je ne me trompe pas.
Bizarrement, l'affaire était passée relativement inaperçue, l'entregent politico relationnel de Papa, sa stature financière étant autant de facteurs expliquant l'indulgence dont ce cas de fraude
avérée a fait preuve.
Souvenez vous, pendant la campagne, entre 2 tours, un Charles Villeneuve pas du tout en service commandé pour le camp sarkozyste, nous pondait un de ses magnifiques "Droit de Savoir", ce magazine
phare de TF1 qui présente autant de rapports avec l'objectivité journalistique et une ligne politique indépendante qu'entre Montaigne et Bigard.
Ce bon Monsieur Villeneuve,en rupture de TF1 à l'heure actuelle, d'ailleurs, nous présentait à l'aide de reportages caricaturaux des chômeurs super heureux et bien payés et des RMIste vivant
royalement. Et oui, on imagine bien que c'est la grande vie de se débrouiller avec trois fois rien. A l'aide de petites émissions comme ça , missiles dirigés contre ceux que Sarkozy et la jadis
respectable Simone Weill avaient, toute la campagne durant, fustigés comme parasites et assistés, pour ne pas dire déchets ou sous espèces, on accréditait que l'État était très/trop généreux avec
des gens qui ne le méritaient pas.
Et, au café du commerce, Maurice et ses potes s'indignaient contre toutes ces "feignasses de chômeurs, rmistes, familles vivant d'allocations familiales qu'on imagine pharaonesques" poussés par TFN
dans l'idée que ces gens vivaient à leur crochet. Idée reçue totalement démagogique et visant à opposer un candidat voulant rétablir une pseudo méritocratie à une autre, accusée alors de
vouloir recourir encore plus à "l'assistanat" et piquer dans nos poches, qu'on en paye trop des n'impôts. Manoeuvre grossière, mais bien exécutée et surtout à un moment opportun.
Passons sur le fait que tous ces "braves" gens hurlant contre l'assistanat et "l'état providence", notion surgie de l'époque de Reagan, fournie clés en main par la tristement célèbre école de
Chicago ne réalisent jamais qu'ils peuvent, un jour, être , eux aussi, aspirés par cette trappe à pauvreté. Non, le mieux, c'est de dénigrer, désigner des boucs émissaires faciles. Oubliant
soigneusement que le chômage enfin, son indemnisation, résulte du travail et des cotisations versées durant les périodes d'emploi , une sorte d'assurance préventive, bref, un dû et non un don.
Passons sur le fait que l'on n'a cessé de réduire et l'indemnisation et sa durée et que la fusion ANPE/UNEDIC officialisée dans la nuit du mercredi 23 janvier ne va pas améliorer la
situation (notons la grande discrètion autour de cette fusion).
Passons sur le fait que le RMI, pour une personne seule, est d'environ 400 euros, quel pactole, et qu'il n'est certes pas distribué par générosité mais bien plutot pour tenter d'assurer un minimum
de paix sociale. Curieusement, tous ces gens dénonçant la vie de luxe, débauche et paresse des RMIstes, les enviant apparemment, coincés qu'ils sont dans un boulot mal payé et où ils s'ennuient, ne
semblent guère être volontaires pour rejoindre ces cohortes de privilégiés. Me demande bien pourquoi.
Donc, on se livre, on étant l'État, de plus en plus décomplexé et anti social, à une stigmatisation permanente de certaines catégories de population et on lance, à grand renfort de com, des chasses
à ces salauds de fraudeurs/profiteurs. Alors, oui, des fraudes, des abus, il y en a , mais dans des proportions minimes tant au niveau du pourcentage de fraudeurs que des sommes en jeu. Les
fraudes à l'Ursaff, les fuites fiscales organisées portent sur des sommes beaucoup plus importantes mais qui, curieusement, entrainent moins de tapage et ne sont pas désignées à la vindicte
populaire.
Mais, revenons à Melle Pinault Valenciennes, fille du richissime industriel du même nom, elle même redevable de l'ISF. Pas vraiment quelqu'un en situation de grande précarité, non ?
Cette personne et son compagnon ont perçu le RMI de 1999 à 2005. alors qu'ils n'en avaient absolument pas besoin. 40 000 euros sont ainsi partis dans les poches de la fille d'un multi millionaire,
elle même non désargentée. Le tout sur une base de fausses déclarations fiscales.
L'affaire est révélée en 2005 et va subir des tentatives d'étouffement pour finalement aboutir à une condamnation à 8 mois de prison avec sursis et une amende de 25 000 euros, mademoiselle
Pinault Valenciennes s'étant au préalable acquitée du remboursement de 14 000 euros. Euh, c'est moi ou il manque encore 1 000 euros ? Pour être plus juste, son compagnon était réellement
bénéficiaire du RMI mais, dés son installation chez sa compagne, il ne pouvait plus y prétendre et plaide donc la bonne foi et l'incompréhension des mécanismes. Apparemment, l'argument n'a guère
convaincu.
Chose curieuse, le Conseil Général des hauts de Seine, qui aurait pu s'estimer spolié dans cette affaire ne s'est jamais constitué partie civile.
Qui à l'époque en était président ? Tout simplement Nicolas Sarkozy, cette petite personne qui passe son temps à fustiger les "feignants", "l'assistanat" et les "assistés". Apparemment, quand
cela concerne la fille d'un des plus gros patrons français, cela cesse d'occasionner des poussées d'urticaire à Nabochodonosor. La décomplexion totale.
Que disait La Fontaine "selon que vous serez puissant ou misérable " ? Logique, notre président se prend pour LouisXIV, ces bonnes vieilles fables peuvent donc être remises au goût du jour.
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