Ça s'agite au Printemps (où on ne parle ni d'Olivier Martinez ni de Nicolas Princen)

Publié le par Rébus

  Je vous arrête tout de suite, quand je dis que ça s'agite au  Printemps, il; n'est nullement question de sujets graveleux ou d'hormones en ébullition suite à l'arrivée de la nouvelle saison. Quoique, la nouvelle saison, elle démarre par de la neige. Bon, volà, le point météo c'est fait...

  La rubrique potins ? Non, je n'évoquerais pas la vie privée d'Olivier Martinez, ça le rend nerveux. D'ailleurs, Olivier Martinez m'indiffère. Contrairement à d'autres bloggers qui ne l'aiment pas, moi, je m'en fous, je n'apprécie pas sa plainte, c'est sûr mais lui... La seule chose que j'ai pu apprécier chez lui, c'était Kylie Minogue (là, désolé, Olivier, notoriété publique toussatoussa). Bon, les potins, expédiés.

  Alorsn notre rubrique Princen du jour (Nicolas, salut à toi), bon, je me lance, j'ai pas peur. Sarkozy est petit et a des bourrelets. Pas peur, je vous dis, on est rebelle ou on ne l'est pas.

 Voilà maintenant que j'ai placé les quelques mots qui buzzent ces derniers temps, revenons au sujet.  Cette agitation au Printemps concerne le magasin du même nom. Hier, devant  ce magasin, avait lieu, à Paris, une manif d'employés.

  Que voulaient ces employés, au nombre de 300. Scander les habituels "pas contents, pas contents", s'entraîner pour le grand bal des commémorations de Mai 1968 qui, comme son nom ne l'indique pas, démarra le 22 mars ? Non, rien de tout ça, aucun fan avéré de Dani le Rouge dans la foule assemblée. Il y avait certainement des CRS autour mais c'est le seul rapprochement historique que l'on puisse faire. Ces employés, ceux que Raffarin qualifieraient de France d'en bas, celle qui est dotée de l'intelligence de la main, ont décidés de se faire entendre. La France de l'intelligence de la main va user ses chaussures sur ces pavés sous lesquels il n'y a plus de plage depuis longtemps.

  C'est le deuxième mouvement de ce genre dans un secteur pourtant discret habituellemnt. De premières grèves avaient eu lieu en février, avec un certain retentissement, déplacement de cadors politiques, alors en campagne électorale, à la clé mais sans grands résultats. Mieux, à Marseille, les employés grèvistes  ont obtenu 0,45 euros d'augmentation. Une humiliation qui venait s'ajouter aux propos tenus par certains cadres (disant préférer perdre de l'argent que de les augmenter) et aux menaces à peine voilées.

  Mais les pontes du secteur ont eu peur et ils l'avouent eux mêmes. La CGT, fine mouche, appelle à des actions ponctuelles, sans plus de précisions, pour ce long week end de Pâques. Si le mouvement n'est guère suivi, assez peu annoncé en tout cas, il augure d'autres luttes de ce type. En attendant, ces mouvements ont le mérite d'amener les diverses directions du secteur a se pencher un peu (pas trop, ho) sur certaines pratiques de leurs enseignes, le recours abusif aux temps partiels par exemple. Certains commencent à dire, la main sur le coeur, qu'ils vont revoir tout ça, promis, juré, craché... Hum, pourquoi je suis dubitatif sur ce coup là ?  Peut être parce que je mets ça en parallèle avec la volonté affichée de notre gouvernement de faire en sorte qu'il y ait de plus en plus d'enseignes de ce type et qu'en plus,on leur aménage un Code du Travail sur mesure (travail le dimanche, toussatoussa).

  Les temps partiels subis sont des contraintes mais il y a aussi les conditions de travail, les salaires. C'est ce que dénoncent les 300 employés du Printemps qui manifestaient hier, les salaires trop bas et des pratiques nouvelles telles que celles des nocturnes. C'est quoi, ça ? Mais si, vous connaissez, ces nouvelles grandes messes consuméristes ou des hordes d'imbéciles font la queue des heures durant pour pouvoir s'acheter, au milieu de la nuit, le dernier pull qui déchire trop sa race, le sac trop fort, trop de la balle, trop classe ou le super slim méga hypra giga kikoolol. Le tout sous l'oeil attendri des caméras, caméras qui ne s'attardent guère sur ces emloyés qui  sont certainement ravis de cette activité à 2 H du matin. Et, camembert mes tracteurs, cela se fait très rarement sur la base du volontariat.

  Alors aujourd'hui, la presse, unanime, la télé et tout le reste des médias feront leurs titres sur le 22 mars 1968, Nanterre, machin, tout ça. Mais l'important, ce n'est pas forcément les souvenirs d'anciens combattants de révolution avortée, d'anciens chevelus gauchistes devenus  (je caricature mais bon) pour certains de gros poussahs chauves d'ultra droites et exigeant que l'on s'incline devant leurs hauts faits d'armes. Non, l'important, c'est tous ces mouvements sporadiqures en France à l'heure actuelle. Si ces mouvements pouvaient se conjuguer, oui, là on pourrait faire une jolie commémoration.

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Rébus 23/03/2008 17:31

Dr X, long post. je vois que les ex soixante huitards manient toujours le pavé ;) Mais pour le reste, si mai 2008 pouvait resembler à mai68 ce seait une bouffée d'air frais.
Résistance2012, je crois que là, s'il se passe quelque chose, il faut un front commun, malheureusement tout est soit éparpillé soit en sommeil;
Torapamavoa, merci pour le lien, même chose, cousin

Torapamavoa 23/03/2008 16:13

et http://sarkobasta.over-blog.com en link chez nous cousin ;)

Dr. X 23/03/2008 14:28

Ça y est, la grande commémoration du quarantenaire est lancée ! Voici maintenant qu'on nous le chante. C'est mieux, mais franchement, au jour d'aujourd'hui, je n'y trouve pas vraiment encore mon content. Rien qui ne me rappelle le formidable déluge d'émotions que je ressentis alors. Rien qui ne rende l'intensité de ces jours brûlants. Bon allez, je me lance, j'essaie…

Avril 1968. L'immense majorité de la population ignore encore la déflagration qui va secouer son existence. J'ai (presque) dix-huit ans. Le conservatisme étriqué des générations précédentes nous tient sous muselière. Dans le lycée parisien mixte (chose encore très rare à l'époque) où je prépare mon bac, les garçons sont fréquemment renvoyés chez eux mettre la cravate qui leur fait défaut. Les filles qui ont eu l'insolence de se maquiller sont invitées à se nettoyer à l'eau froide dans les toilettes de l'établissement. Les pantalons leur sont permis... à condition qu'une jupe ou une robe les recouvrent ! Les cartables sont fouillés, à la recherche de quelques ouvrages aussi subversifs ou licencieux que ceux de Boris Vian. La pilule contraceptive, "autorisée" depuis un an, n'est encore qu'un vœu pieux pour les teenagers que nous sommes. Baiser n'est pas une sinécure...

Quelques jours plus tard, tout ceci a implosé. Le proviseur qui nous tenait sous sa coulpe autoritaire, a disparu du jour au lendemain avec ses sbires. Nous ne le reverrons plus. Nous dansons à plus soif nos carmagnoles libératoires. Mai 68, c'est l'histoire d'une chrysalide qui se déchire, d'un barrage qui se rompt et libère ses flots. Torrents de mots, débordements de rires et d'enthousiasmes. Cela ne va sans doute pas sans dégâts ou excès. Mais c'est le prix de la liberté, le risque à courir.

L'évènement surprit son monde, à commencer par ses propres acteurs, sidérés de se retrouver pris dans ce vertige. Pourtant, tous les prémisses étaient là en germe, bien présents. L'hystérie Beatles, la fureur Rolling Stones, les prophéties de Bob Dylan, et jusqu'à notre gentille vague yéyé qui, pour puérile qu'elle puisse paraître, était déjà une tentative d'émancipation par la fête.

Durant tout ce mois de mai, j'élus résidence à la cafétéria enfumée du CHU St Antoine Paris 12e, avec les étudiants, et surtout les étudiantes en médecine, juste en face la boulangerie de mes parents. Des artistes sortis de nul part illuminaient notre quotidien en repeignant à leur façon les piliers du bâtiment. Les jours, les nuits ne laissaient guère place au sommeil. La nuit, nous montions tout en haut sur la terrasse, sous les étoiles, enivrés par notre propre audace. Nous parlions à n'en plus finir. Les corps sentaient enfin la peau et les petits matins autorisés.

Le jour, nous rejoignions les trottoirs. Ceux-ci étaient de véritables volcans de discussions, avec des assemblées on ne peut plus hétéroclites. Des puits de fusion ahurissants rassemblant toutes les classes sociales. Un vaste forum fiévreux où le maître-mot était le "vivre ensemble". Les détracteurs de Mai 68 clament que ces déferlements "utopiques" étaient l'expression de l'individualisme petit-bourgeois induit pas la société de consommation. C'était l'inverse et rien de cela ne relevait de la chimère romanesque. "Qui a vécu Mai 68 et n'est pas de mauvaise foi sait depuis qu'un autre monde est possible," écrit Christine Delphy, sociologue, féministe et participante active à ces journées folles.

Mon père, homme simple et bon mais certainement pas suspect de progressisme échevelé, n'avait pas de mots assez durs pour qualifier ce qu'il appelait nos "déballages". Pourtant, c'était bien lui qui, chaque jour, alimentait gratuitement en baguettes croustillantes les "émeutier(e)s" de la cafétéria du CHU.

Nous ne manquions pas non plus de nous rendre dans les manifestations. Celle-ci tenaient plus de l'insurrection festive que du mouvement organisé. J'ai encore souvenir de ce grand échalas maigre en improbable toge antique, casque à plume et lance d'opérette (accessoires "empruntés" sans doute au théâtre de l'Odéon alors occupé) surgissant derrière un escadron de forces de l'ordre en hurlant : "Rendez-vous, vous êtes cernés !" Les pavés que nous lancions contre les CRS-SS, étaient surtout dirigés contre l'ordre moral étouffant que ceux-ci représentaient. Les fesses des filles (ou des garçons, c'est selon) qui nous accompagnaient, avaient au moins autant d'importance que les slogans que nous hurlions.

La grande erreur est de considérer Mai 68 sous le seul angle politique ou syndical. La logorrhée marxisto-libertaire un peu pesante dont nous abusions, tenait plus du langage spontané de reconnaissance entre nous que d'un discours révolutionnaire structuré.

Débordées, dépassées, les partis traditionnels de gauche, communiste, socialiste, furent incapables d'assurer un relais politique à ce déchaînement existentiel. Tout aussi incapables, heureusement, de le récupérer à leur profit. Quant aux fameux "gauchistes" et autres prédicateurs "maos" (parmi lesquels Bernard-Henri Lévy, Pascal Bruckner, André Gluksmann, Philippe Sollers ...), ils venaient nous délivrer leur doctrine sur un ton si glaçant de commissaires politiques que nous préférions nous tenir à distance.

Fidèle à ses habitudes, la société du spectacle médiatique essaya d'imposer les meneurs qui lui seyaient : je me souviens, Jacques Sauvageot, Alain Geismar, Serge July et les "maoïstes" sus-cités. Ceux-là étaient déjà de tous les plateaux officiels, mais absents de nos discussions et de nos préoccupations à nous. Passé l'orage et le coup d'arrêt des législatives de juin 68, les médias eurent beau jeu de dénoncer l'échec politique du mouvement. Ils crurent même bon de pousser plus loin l'imposture en pointant les dérives bourgeoises de ceux qu'ils avaient eux-mêmes proclamés leaders. Lesquels s'auto-torpillèrent allègrement pour rester sous les projecteurs des plateaux. Ils y sont encore à pontifier.

Non, Mai 68 ne fut ni un mouvement politique, ni un mouvement de revendications syndicales, mais un état d'esprit, une émancipation aux conséquences durables (les conquêtes féministes d'alors en sont un exemple). Le fait qu'un Président de la République, quarante années plus tard, se sente encore obligé d'annoncer dans ses priorités qu'il veut "rompre réellement avec l'esprit, avec les comportements, avec les idées de Mai 68", montre à quel point ceux-ci sont encore prégnants dans le corps social.

La question qui revient, récurrente, et aussi très agaçante, est de savoir si de tels évènements peuvent se reproduire. Je pense pour ma part que nous ne reverrons pas plus de nouveau Mai 68 qu'il n'y aura de nouvelle Révolution française 89 ou de nouveau Front populaire 36.

Daniel Cohn-Bendit, qui ne fut pas un leader, mais une figure emblématique du mouvement (les médias d'alors se gardaient bien de l'inviter, lui), a tort de déclarer que le fond de la révolte n'existe plus." Tous les ingrédients d'une glaciation conservatrice sont à nouveau en place pour déboucher un jour sur une explosion brutale de libération. Celle-ci aura simplement son caractère à elle, ses spécificités propres, son langage codé, son appellation contrôlée avec laquelle ses acteurs ne manqueront pas, à leur tour, d'exaspérer leurs progénitures.

Je n'évoque ici ces souvenirs que pour illustrer une ambiance, une atmosphère ; pour corriger aussi, à ma façon, ce que je pense être des erreurs d'interprétation obligeamment amplifiées par les médias et les analystes assis. Ce qui m'intéresse dans les évènements de Mai 68, ce ne sont pas les anecdotes ou les faits héroïques du passé, mais les traces persistantes qui en restent aujourd'hui.

Je ne pleure pas une nostalgie. Je ne rêve pas non plus d’un nouveau Mai 68. Je voudrais juste en réanimer l'esprit de liberté, m'en imprégner dans mon comportement de chaque instant, en communiquer la petite flamme à chaque moment, tout de suite, sans jamais rien lâcher.

Mais tout de même, dans le bourbier où nous sommes aujourd'hui, avouez qu'on se laisserait bien tenter par un petit Mai 08, non ?
À suivre : CHANTONS MAI 08 hé hé !

ciel23 23/03/2008 11:07

l'augmentation de 0.45 euros, c'est presque une insulte ??? quelle misère ;-(((

Resistance2012 23/03/2008 01:28

Le mouvement de 68 n'est aucunement venu des syndicats mais des seuls étudiants, enfin au début. Les syndicats ont ensuite récupéré le "machin" et on connait la suite...
A mon sens, aujourd'hui les syndicats ne sont pas plus en capacité de créer un mouvement national regroupant toutes les corporations comme en 68.
Seuls des "indépendants" en auraient la capacité mais pour que cela démarre avec de bonnes chances de réussite il faut au préalable un leader national (un haut parleur); à ce jour dans la nouvelle génération je n'en vois, hélas, aucun.
J'ai bien peur que la commémoration tourne en eau de boudin et que chaque corpo "s'amuse" seule dans son coin de rue mais pas la même rue et encore moins coordonné au niveau national.
Dans tous les pays et la France n'y échappe pas, ce sont toujours les étudiants qui débutent un changement durable...
Je ne crois pas à une réussite d'un mai 2008 même si je le souhaite, la société n'est plus assez solidaire comme elle l'était encore suffisamment en...68 ! Ne devient pas futur ancien combattant qui le souhaite...il en faut plus là où il doit y en avoir ;-) et les pouvoirs tant de droite que de gauche le savent...