En démocratie, chacun est en droit d'exprimer son opinion. Les libéraux et les ultralibéraux sont libres d'avancer leurs convictions sur le sujet qui nous intéresse même si nous ne partageons pas
leurs vues. Mais leurs discours ne passent plus quand ils assènent des contrevérités pour étayer leurs thèses. Ainsi, régulièrement, voit-on fleurir dans la presse des déclarations réductrices
sur le thème du chômage ; les unes laissent entendre que les chômeurs sont des "fainéants", que nombre d'entre eux vivent aux crochets de ceux qui travaillent ; les autres affirment que le
système d'assurance chômage leur est trop favorable et que des centaines de milliers d'emplois ne sont pas pourvus dans notre pays.
Il ne faut pas jouer avec les mots et moins encore avec les maux
"Il faut remettre la France au travail" martelait Jean-Pierre Raffarin peu de temps après sa nomination à Matignon. Sous-entendait-il que les Français, tous les Français et pas seulement les
chômeurs, traînent des pieds pour aller bosser ?
Mais les "bonnes" intentions se heurtent souvent à la réalité d'une situation moins reluisante. En décembre dernier, l'Insee annonçait que la France avait perdu 67.000 emplois en 2003 (une
première depuis 10 ans) et, aujourd'hui, le taux de chômage flirte avec les 10%. La faute à qui, aux Français travailleurs ou chômeurs ?
Ceci démontre bien qu'en matière de chômage, il ne faut pas jouer avec les mots et moins encore avec les maux de celles et ceux qui se retrouvent du jour au lendemain sans emploi. Il convient ici d'évoquer quelques vérités qui sont toujours bonnes à rappeler à ceux qui nous gouvernent et aux autres qui pensent que beaucoup de chômeurs s'accommodent de leur situation et s'y complaisent même.
Dans la population des demandeurs d'emploi, il y a certainement quelques milliers de "chômeurs professionnels", quelques milliers d'individus qui profitent du système. Admettons-le ! Mais leur proportion est sans doute comparable à celle des patrons indélicats, des entrepreneurs filous et autres escrocs qui sévissent dans les rangs des dirigeants d'entreprises, des professions libérales, des commerçants ou des artisans...
Les magouilles du patronat responsables des déficits sociaux
Seulement voilà, la marche de manœuvre du "chômeur professionnel" est étroite. Après avoir épuisé son allocation chômage (qui lui est aujourd'hui versé pour une durée maximale de 23 mois), il devra se contenter de l'ASS ou du RMI pour survivre. "L'escroquerie" porte alors sur la somme de 400 euros par mois (2.600 francs). Les donneurs de leçon de tout poil réussiraient-ils, eux, à survivre avec ce revenu de misère ? Nous ne rentrerons pas ici dans le détail des abus de biens sociaux, des détournements de fonds, des stock-options, des fausses factures, des frais fictifs, des avantages en nature, des paiements de la main à la main, des parachutes en or, des petits arrangements comptables... qui s'offrent aux dirigeants d'entreprise, aux professions libérales, aux commerçants et autres artisans indélicats. L'escroquerie peut alors porter sur des milliers, des centaines de milliers, des millions ou des milliards d'euros.
Si nous partons du principe que la proportion "d'escrocs notoires" est sensiblement la même dans toutes les classes de la société française, il est certain que les chômeurs ne sont pas les mieux
placés pour en tirer le plus de profit.
Par ailleurs, une part non négligeable du déficit des systèmes de protection sociale (assurance-maladie, assurance-chômage) est générée par les dissimulations de toutes natures (notamment le
travail au noir) fomentées par des entrepreneurs, des professions libérales, des commerçants et des artisans peu scrupuleux. Dans un même ordre d'idées, ces "indélicats" peuvent aussi dissimuler
par le biais de "petits" arrangements (pour ne pas parler de grosses magouilles) des sommes considérables aux yeux du fisc. Mais c'est une autre histoire...
Ceci étant précisé, revenons aux vérités qu'il convient ici de rappeler.
Chômeur, un statut enviable ?
Dans une société hiérarchisée et organisée autour du travail, le fait d'en être privé est vécu pour la très grande majorité d'entre nous comme un traumatisme. Des centaines de milliers de
chômeurs se retrouvent sur le carreau pour des raisons souvent dictées par la spéculation boursière et l'appât du gain d'une classe dirigeante. Et puis, il ne faut surtout pas occulter la réalité
financière du "statut" de demandeur d'emploi relevant du régime d'assurance-chômage. Elle est marquée par une forte dégradation de son pouvoir d'achat. Pris en charge par l'Assedic, le chômeur
n'est indemnisé qu'à hauteur de 57% de son salaire brut. Mais laissons parler les chiffres.
Une personne qui percevait un salaire brut de 1.500 euros par mois (soit 1.200 euros nets) touche une allocation chômage d'environ 860 euros. Le manque à gagner mensuel s'élève donc à 340 euros,
ou encore à 4.080 euros sur un an, soit 26.520 francs. Rares sont ceux qui peuvent se satisfaire d'une telle dégradation de leur revenu.
Mais parfois, convenons-en, le chômage peut être vécu par celui qui s'y retrouve comme une période de répit dans une vie professionnelle qui laisse peu de temps pour soi. La vie est belle ! On se "laisse vivre" pendant un mois ; on en profite pendant deux mois... Au sixième mois d'inactivité, on commence à tourner en rond. Au bout d'un an, le doute s'installe... Au bout de deux ans, on appartient à la classe peu enviable des "chômeurs de longue durée" et on bascule dans les minima sociaux, sous réserve d'y avoir accès. Donc dans le meilleur des cas le chômeur perçoit 400 euros par mois (2.600 francs), au titre de l'ASS ou du RMI. Dans le pire, le chômeur ne perçoit pas un centime (si la rémunération de son concubin ou de sa concubine, de son mari ou de son l'épouse dépasse un certain seuil).
Bien évidemment, cette démonstration ne saurait à elle seule refléter les dures réalités du "statut" de chômeur. Pour autant, il serait bon que celles et ceux qui stigmatisent les demandeurs d'emploi "profiteurs" prennent en compte un postulat qui s'impose d'évidence : le chômage, rares sont ceux qui y aspirent, encore plus rares sont ceux qui en "profitent" et s'y complaisent."
Yves BARRAUD
J'entends déjà certains gloser sur le 10 % de chômage au moment du texte. Ok messieurs, d'abord le papy boom se fait sérieusement sentir, ensuite, les radiations n'ont jamais été aussi nombreuses et encore mieux, on a révisé le calcul du nombre de chômeurs, histoire que les statistiques collent avec le discours du sarkozysme piteux mais qui se veut triomphant.